Une histoire de sœurs | Eirin Photography | Photographe portrait

Une histoire de sœurs

Comment j’ai rencontré les sœurs Solveig, Lochlann et leur maman ?

J’ai rencontré Solveig il y a 4 ans. Elle était en 4ème, et j’étais son enseignante d’espagnol. De par son prénom viking d’abord, puis par sa façon d’être brillante dans tous les sens, Solveig a beaucoup attiré mon attention. Intelligente, oui, mais aussi gentille, honnête, souriante, calme, très mature… mais surtout, rayonnante ! Bref, l’élève que n’importe quel enseignant rêve d’avoir ! Voici une histoire de sœurs…

Un jour, elle a repéré mon pendentif, et elle m’a dit « madame, c’est un mjöllnir que vous portez au cou ? Un marteau de Thor ? ». C’est rare que quelqu’un me fasse cette remarque, et encore moins une jeune fille de 13 ans. Elle m’a donc parlé de sa maman et de sa passion pour les vikings, et on a vite eu envie de se rencontrer pour en discuter !

Ce que je ne savais pas à ce moment là c’est que cela n’étais que le début d’une belle histoire de sœurs.

J’ai très vite fait connaissance avec sa maman, Sylvie, et sa petite sœur, Lochlann, et elles sont tout de suite entrées dans ma vie ! Ce sont même elles qui ont adopté mon petit lapin Pompon quand j’ai dû m’en séparer suite à sa peur bleue de notre chien… il n’a pas pu avoir une meilleure famille !

Aujourd’hui, Solveig est au lycée, et sa petite sœur est maintenant mon élève en 5ème.

Une histoire de sœurs à immortaliser

Un jour, Sylvie m’a fait une demande très particulière. Elle m’a demandé si je pouvais faire une séance photo de ses 3 filles ensemble. « Trois filles? J’en connais que deux! ». A ce moment là, elle m’a raconté que, avant la naissance de Solveig, elle avait eu une fille, Chloé, qu’elle avait perdu. Mais cette histoire, c’est Sylvie elle même qui va vous la raconter:

« Mon petit champignon est née suite des années de traitement, et une grossesse sans
soucis. Après 36 heures de contractions de travail (eh oui ! 36 h ! J’ai battu le record de ma mère, qui elle avait eu 24 h de contractions de travail pour me mettre au monde), ma petite beauté a vu le jour (enfin la nuit car c’était le soir) par césarienne le 19 février
2000 à 18h40. Deux petits cris de souris, et hop j’aperçois mon bébé partir dans les bras d’une soignante. Puis…plus rien, pas un mot, le silence dans le bloc, alors j’attends,
heureuse, heureuse d’avoir enfin le plus beau cadeau que la vie venait de me faire.

Lorsque le gynécologue met mon lit dans le couloir, il me quitte en me disant « il va falloir
être forte ». Mais pourquoi me dit-il ça ? C’est si dur que ça les nuits blanches ?
L’allaitement ? Les couches ? J’attends, sur mon lit, dans ce couloir, seule, et mon bébé, que je n’ai qu’aperçu, me manque. Quand une soignante passe, je l’interpelle « quand
va-t-on me mettre dans ma chambre avec ma petite fille? »  » on ne vous a rien dit ?????
attendez, j’appelle le pédiatre (ses pas résonnent, puis…c’est la maman, elle a le droit de savoir, faut venir lui dire ». Là, la nuit la plus ensoleillée que je vivais jusqu’à cet instant,
s’assombrit d’un coup. Que va-t-on me dire ? Où est ma Chloé ?

L’annonce

« Bonjour, je suis le pédiatre de garde, votre fille a un souci au cœur, mais ce n’est rien, ça s’opère facilement de nos jours. Elle part tout de suite dans un centre de réanimation
dans le département voisin. Au revoir Madame ».  La nuit sombre est devenue très noire… On me remonte dans ma chambre, le père de Chloé m’apprend qu’elle a les choanes
de bouchés et que son cœur est très atteint. Mon bébé part sans moi, on ne s’est qu’aperçu, elle me manque et j’ai mal, oh pas mal physiquement non,  mal dans mon cœur, mal dans ma tête, mal pour ma Chloé qui souffre, seule, si petite, loin de moi. Première nuit
blanche.

Dimanche sur le matin, le centre de réanimation nous annonce qu’elle ne va pas vivre. Je n’ai pas le droit de bouger, on ne m’autorise pas à faire la route pour aller la rejoindre;
foutue césarienne ! Son père va la voir, et revient en me disant que le professeur qui a
pris mon petit champignon en charge pense à une maladie génétique rare, qu’ils vont lui
faire faire des examens et qu’on peut téléphoner quand on veut. Moi, ce que je veux,
c’est être auprès d’elle !

Aujourd’hui c’est mon anniversaire. Mes parents arrivent de Normandie. Maman me
donne un cadeau d’anniversaire en me chuchotant quelques mots, et avec dans les
yeux tout ce qu’elle garde au fond d’elle mais qui me fait si chaud au cœur. Merci maman pour cet instant. Je crois que je ne te l’ai même pas dit, excuse-moi. S’il te plaît, de là où
tu es, entends ce merci; et entends tout ce qui se cache derrière aussi. J’ai donc 29 ans et Chloé est née hier… Je ne le sais pas encore, mais plus jamais je ne fêterai mon
anniversaire.

Retrouvailles

Lundi est arrivé, et j’ai enfin le doit de faire la route !!!! Je suis impatiente, angoissée
mais si heureuse de te voir enfin. On arrive, habillage, désinfection, et…oh mon bébé
nous voila enfin réunie, enfin je peux te voir, te toucher, te sentir, te parler. Mon Dieu que tu es belle, toute petite, toute ronde et avec une chevelure incroyable. Tu ouvres les
yeux et me regardes, tu repousses un petit cri de souris, oui mon amour, je suis là,
maman est là, tu peux te reposer je veille sur toi.
Ce que je ne savais pas, c’est que je n’avais le droit de rester que quelques heures
auprès de toi. Mais pourquoi ai-je si bien obéi ! Pourquoi n’ai-je pas « tapé du point sur la table » pour demander à rester auprès de toi jour et nuit ! Pourquoi , pourquoi, pourquoi?

Le deuil

Les jours passent… un jour on nous annonce qu’il y a de l’espoir, un autre non, puis vient le jour où le professeur qui s’occupe de toi nous demande de le suivre dans son bureau. Tu as bien cette foutue saloperie de syndrome génétique rare, et peu d’espoir pour une
longue vie. Tu es décédée à 6h30 du matin, le 26 février 2000, et une partie de moi t’as
suivi. Le seul toit que je t’ai offert, fut ce monstrueux cercueil. Avec ton père nous avons
fait le choix d’une crémation, car je ne te voulais pas en terre, et n’appartenant pas aux
mêmes régions le choix du dernier lieu de ton petit corps était impossible à faire. Et puis, nous avons aussi pensé à tes futurs possibles sœurs et frères, et il était impossible de
leur léguer… 

J’ai accompagné ton petit corps jusque vers les flammes du four, et j’ai attendu que l’on
me remette l’urne dans lequel tes cendres reposaient. C’est ainsi que tu es rentrée chez nous…

Solveig et Lochlann

Quelques années plus tard, une autre petite bonne femme a vu le jour, au doux prénom
de Solveig. Pourquoi ce prénom? Car je voulais un prénom en rapport avec la vie.
Solveig, le chemin du soleil, et… quel soleil cette petite fille ! Pleine de vie, curieuse de
tout, jamais un mot plus haut que l’autre, altruiste, douce et belle. La vie m’a gâté, et bien plus que je ne pouvais l’imaginer. Je t’aime Solveig, fort fort fort.
Puis, comme le calme régnait entre nous deux, une autre petite frimousse est apparue
dans notre vie. Et oui, une troisième petite fille fille. Tout comme ses deux sœurs, elle a le cheveux blond, épais, et les yeux clairs. Lochlann, le chemin des lacs, mon bébé câlin, le clown de la maison, mon tourbillon d’amour, toujours le pas décidé, dynamique, curieuse, altruiste, et belle. Merci à la vie pour m’avoir donné un si gentil trésor. Je t’aime Lochlann, fort fort fort. Merci mes filles pour tout ce que vous m’avez apporté, pour avoir fait de moi qui je suis, et merci d’être qui vous êtes. Je vous aime.

La Baie d’Ecalgrain

Quelques temps plus tard… divorce, séparation de biens…

Où me recueillir ? Où me sentir proche de toi? Mon choix c’est, tout naturellement, porté sur la baie d’Ecalgrain. La baie d’Ecalgrain, lieu magique, mystérieux, féerique, jamais
identique. Lieu ensoleillé, brumeux, pluvieux, venté, parfois même enneigé, et pouvant
changer en quelques minutes.  la baie d’Ecalgrain, petite crique peuplée d’herbe verte,
de fleurs bleues, violettes, roses, blanches et jaunes, où se mêlent l’eau , le sable, les
galets et la roche. La baie d’Ecalgrain, belle, sauvage, indomptable. La baie d’Ecalgrain, petite mais puissante, parfois tourmentée mais toujours avec son esprit de liberté. Cela
ne pouvait être que là. Tu es la baie d’Ecalgrain. Je t’aime Chloé. »

La séance « une histoire de sœurs »

Bien évidemment, Sylvie voulait une séance photo de ses filles Solveig et Lochlann à la Baie d’Ecalgrain, afin d’avoir les trois sœurs ensemble. Une ambiance et un look qui soit un mélange entre viking, médiévale et bohème s’y prêtait à merveille. Mais un élément essentiel pour la séance étaient les fleurs. Sylvie voulait que les filles portent un bouquet de fleurs lors de la séance, avant de le lancer à la mer, à leur sœur Chloé.

Sans plus, je vais laisser les images parler d’elles mêmes …

Une histoire de sœurs en images

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Une telle complicité, une si belle histoire de sœurs, autant d’amour…

Merci, Sylvie, Solveig, Lochlann et Chloé.

Merci de m’avoir laissé faire partie de tout cela afin de l’immortaliser.

Si vous aussi, vous souhaitez immortaliser une histoire contactez-moi.